Dans cette nouvelle publication de La solidarité internationale vue par les acteurs du Nord, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Loane Muanza, jeune travailleuse humanitaire spécialisée en sécurité alimentaire. Loane est amenée à intervenir dans les pays où les besoins nutritifs se font le plus ressentir. Ses responsabilités font qu’elle rencontre et  échange avec de nombreux acteurs dans différentes régions du monde, ce qui l’amène à découvrir différentes cultures mais ce qui l’oblige aussi à s’adapter aux différents contextes d’intervention. Notre échange a tourné autour de la place de l’interculturalité dans la solidarité internationale.

Qu’est-ce que l’interculturalité ? 

On peut définir l’interculturalité comme étant la rencontre de plusieurs cultures dans un même environnement. Cette notion nous intéresse puisqu’elle concerne directement le monde de la solidarité internationale. De par la dimension internationale de leurs missions, les travailleurs et travailleuses humanitaires sont amenés à voyager et par la même occasion, à découvrir de nouvelles cultures parfois bien différentes de la leur. Cela nécessite un minimum de sensibilisation à l’interculturalité afin d’éviter toute situation amenant à une incompréhension, ou pire, une confrontation

La sensibilisation à l’interculturalité n’est pas innée chez l’Homme et cela dépend de la volonté de l’Homme de s'intéresser à la culture d’autrui et au-delà de ça, de la respecter.

Loane Muanza

Lorsque l’on parle d’interculturalité dans la solidarité internationale, il n’est pas seulement question de respect de l’autre mais aussi de communication et de connaissance de l’autre, comme le souligne Loane qui ajoute également que ce sont des axes qui se mettent parfois difficilement en pratique et qui doivent pousser à la réflexion. Elle accentue également la nécessité d’aller plus loin que cela et de briser cette classification Nord/Sud qui amène, de façon volontaire ou non, à hiérarchiser les cultures.  

 

Apprendre de l’autre 

Apprendre de l’autre est une richesse, mais avant tout une nécessité car aucune culture n’est supérieure à une autre. Les acteurs et actrices humanitaires se doivent d’adopter cette posture d’ouverture et de faire de l’interculturalité un outil de leur projet et non pas une source de tension. Malheureusement, une même situation est parfois observée sur le terrain :  la vision culturelle des pays du Nord est imposée, par automatisme car ces valeurs sont considérées comme universelles, au détriment des us locaux. On appelle cela l’ethnocentrisme. Et les conséquences d’une telle attitude sont sans appel, les populations n’adhèrent pas au projet et développent une méfiance vis-à-vis des organismes étrangers. Dans d’autres situations, cela crée de la frustration chez les populations qui ne se sentent pas respectées et écoutées. Il faut garder à l’esprit que toute personne qui reçoit une aide ne veut pas forcément se retrouver dans une situation aussi délicate. Si de surcroît, cette aide est accompagnée d’une forme de mépris,  volontaire ou non, les bénéficiaires ne peuvent que ressentir un manque de respect à leur égard. 

Loane souligne cela avec quelques anecdotes de terrain où par exemple, lors d’une intervention, les bénéficiaires ont refusé l’aide apportée par crainte d’être de nouveau discriminées ou bien on fait part de la façon dont ils étaient traités avec mépris.

 

Les bonnes pratiques

Plusieurs solutions existent et parmi elles,  la formation et la sensibilisation des futurs acteurs et futures actrices de terrain à l’interculturalité en intégrant un cursus dans les formations diplômantes. D’ailleurs, le Master suivi par Loane et moi-même proposait un module sur l’interculturalité. Il est également possible, et même recommandé, de continuer cette sensibilisation lorsque les équipes sont en poste en les incitants à prendre en compte cette dimension dans leurs actions. Cela passe par le fait de s’informer : savoir où l’on va, savoir quelle langue y est parlée, se renseigner sur les coutumes locales susceptibles d’être en lien avec nos actions etc. 

Loane souligne toutefois les difficultés auxquelles les travailleurs et travailleuses humanitaires peuvent être aussi confrontés, les amenant à se retrouver, à leur tour, dans des positions délicates. C’est une situation qu’elle a déjà subie où, en tant que femme, sa parole n’était pas forcément prise en compte malgré son expertise. Elle a dû également faire face à des discriminations compte tenu de sa couleur de peau. 

Autre conseil, et pas des moindres, prendre en compte l’expérience et le savoir-faire des partenaires locaux.  C’est d’ailleurs ce qui est ressorti de l’interview réalisée avec Roland Tossou, jeune acteur du développement local au Bénin. 

Loane ajoute un dernier point à l’intention des acteurs du Nord et du Sud en spécifiant l’importance de travailler sur le respect et la compréhension de l’autre et d’accepter la différence.